Colère
Bonjour,
""Sécurité sociale. Main basse sur le trou", un livre de De Leslie Varenne
et Philippe Blanchard" par Annick Béjean
Le dimanche 30 janvier 2005.
LES SHADOCKS
"Sécurité sociale Main basse sur le trou"
De Leslie Varenne et Philippe Blanchard
Edition Carnot
Le trou de la Sécu, c'est l'histoire d'un trou qui s' « autocreuse ».
Au début était la Sécu.
Un jour, le 24 janvier 1996, M. Juppé crée la Caisse d'amortissement de la dette sociale, la Cades. Dans la plus grande discrétion. Cette caisse a pour mission d'éponger les trous successifs de la Sécu de 1994 à 1996. Et, pour l'alimenter, il est décidé d'ajouter à la CSG (Cotisation sociale
généralisée) la CRDS, la Contribution au remboursement de la dette sociale, taxée sur les revenus. Cette CRDS doit disparaître en 2009 puisque le trou sera en principe bouché.
C'est maintenant que ça se gâte.
D'abord, le gouvernement socialiste met dans la Cades un vieux déficit que le fond de solidarité vieillesse (FSV) devait à l'Etat. Le trou s'agrandit. En 1998, Jospin y rajoute les trous de 1996 et 1997. Le trou s'agrandit.
Pour ne pas augmenter la CRDS, Jospin décide de prolonger la durée de vie de la Cades de 5 ans. Ni vu ni connu, on continuera à payer la CRDS 5 ans de plus. Coût de l'opération pour les contribuables : 22 milliards d'euros.
En 2001, les socialos décident de se faire rembourser la dette du FSV : la Cades verse trois milliards d'euros par an à l'Etat jusqu'en 2005. Pas de pot, c'est le gouvernement Raffarin qui en profite (comme vous savez).
Donc le trou s'agrandit encore.
A son arrivée, l'Ump transfère la dette du fonds d'exonération des charges patronales à la Cades. Le trou devient gigantesque. En huit ans, en collant à la Cades des déficits divers qui n'ont rien a voir avec la Sécu, le trou arrive a hauteur de 53,8 milliards d'euros. Notre Nicolas national, ministre des Finances, décide d'aggraver la dette de plus de 30 milliards et de prolonger le paiement de la CRDS jusqu'en 2025. Et on creuse et on creuse, c'est le trou des Shadocks !
En 1998, quand les socialios ont prolongé la Cades de 5 ans, un sénateur de l'Ump qui voyait là une bonne occasion d'attaquer le gouvernement propose de légiférer pour que la Cades ne devienne pas « une vieille dame » : La Cades apparaît comme un outil vertueux pour des déficits sociaux qui le ne le sont guère. La réouverture de la Cades constitue un fâcheux précédent. Elle accroît les transferts de charges injustifiés entre générations tout en générant des charges supplémentaires considérables. Le petit bouchon ne savait pas que son parti nous la prolongerait jusqu'en 2025 ! D'après le Canard enchaîné on va se prendre le paiement de la dette jusqu'en 2040. Tout ça, ce ne sont que des amuse-gueule. Le pire arrive. Et c'est là que ça devient compliqué. Je simplifie : Vous avez un trou énorme qui est la Sécu mais qui est assuré d'être alimenté par les braves contribuables que nous sommes jusqu'en 2025.
Le trou de la Sécu est tellement beau qu'il rentre en Bourse. C'est un placement sûr puisque vous êtes sûr d'être remboursé. Exemple : un Japonais a 100 millions en dollars néo-zélandais, il achète un bout du trou ET IL TOUCHE DES INTERETS.
Résultat : le trou s'agrandit.
Ca, c'est un placement à long terme de père de famille, mais il y aussi des placements à court terme plus rémunérateurs. Nous devrions être très fiers de notre trou, il est coté AAA. C'est la meilleure codification sur les marchés financiers. Pour avoir le triple A, il faut que la Cades avance à tout instant que ses débiteurs seront toujours remboursés. Si sa cote tombait à B, ce serait le krach de la Sécu, car les emprunteurs du trou demanderaient à être remboursés, et là on a le vertige. Cela dit, pas vraiment, puisque le Parlement serait appelé à voter les mesures pour assurer le paiement. C'est le résultat d'une négociation avec la Securities and Exchange Commission, c'est-à-dire les Américains. Donc notre trou gardera son AAA et tous les boursicoteurs pourront participer au creusement du trou. C'est comme ça que le trou a pu pénétrer le marché américain.
Mais des tas de banques participent au festin du trou en s'en mettant plein les poches, car ce sont elles qui assurent les liquidités de la dette : entre autres, la Bnp Paribas, le Crédit agricole Indosuez, Natexis Banque populaire, la Dresdner Bank, ABN Amro (Hollande), JP Morgan (USA). Ces banques se font des ronds en revendant ces obligations à des clients, pensez donc AAA ! Au Japon, on attire des clients pour le trou avec un intérêt de 5% par l'intermédiaire de banques privées. On n'a aucune identité des clients : le risque n'est pas nul que les actions du trou pourraient servir à investir l'argent de la vente d'armes ou de drogue, c'est-à-dire l'argent
du syndicat du crime par exemple. La Cades a d'ailleurs émis un emprunt au nom délicieusement exotique Uridashi. Ca semble intéresser beaucoup les Yakusa… La Cades émet aussi en Inde par l'intermédiaire d'une filiale d'une banque allemande la Dresdner Kleinwort Wasserstein Bank.
Et, plus inquiétant, dans des pays sulfureux comme la Lituanie, l'Estonie, les Balkans où on blanchit beaucoup d'argent, surtout celui de la mafia russe avec la contrebande d'armes et de cigarettes. Et pourquoi pas dans des paradis fiscaux comme les Îles Cayman par l'intermédiaire de correspondants bancaires au Luxembourg (roi des paradis fiscaux). La Cades travaille aussi avec une banque du Luxembourg la KB-lux qui gère des sociétés directement en relation avec l'Eglise de scientologie. La Cades travaille également avec la BGL, la Banque générale du Luxembourg, qui est aussi une banque privée qui gère des finances très confidentielles et surtout en relation avec la BCCI, surnommée la Banque du crime et de la cocaïne, c'est-à-dire la banque des cartels colombiens.
Que ceux qui sont très branchés sur les affaires de Bourse lisent ce livre et nous l'expliquent, moi je ne comprends pas tous les méandres de la Bourse. Mais au fil des pages, on comprend qu'il n'y a aucun contrôle de l'utilisation des fonds publics qui alimentent le trou. Disons qu'il y un conseil de surveillance constitué de parlementaires. L'un d'entre eux Alain Vasselle (Ump) avait écrit un ouvrage en avril 2003 : "Cades, nouvel enjeu des finances sociales ?" A propos de la Cades, il utilise les termes boîte noire ou caisse noire. Il dénonce deux dérives possibles pour l'institution, la première de se voir confier par l'Etat le financement d'autres dettes que celles de la Sécu et celle de voir l'existence de la caisse prolongée indéfiniment avec des conditions de remboursement encore plus drastiques ; en plus de l'opacité qu'il dénonce, le sénateur suggère qu'un tel mécanisme pourrait servir à l'Etat, tout à la fois à y dissimuler des dettes lui revenant et y puiser des recettes versables à son bilan.
C'était en avril 2003, il n'est pas interdit de penser qu'il s'appuyait sur des faits déjà existants, feignant de croire qu'ils pourraient arriver. La plupart des parlementaires qui siégeaient au conseil de surveillance se sont défilés quand les journalistes ont tenté de les interviewer, ou, s'ils ont démissionné, n'en gardent plus souvenir !
L'omerta ! Quant à la Cour des comptes, tous les commissaires éludent les questions.
La Cades elle même emploie neuf personnes plus son président. Ca fait une entreprise plutôt modeste avec des frais de fonctionnement de 0,4 million d'euros. Mais dans le bilan, figure un chiffre de 1,44 million d'euros. Après recherche, cette somme dépensée chaque année correspond aux frais liés au choix de la financiarisation de la dette sociale.
Le trou s'agrandit…
En fait, le coût des plus grosses dépenses dans le bilan s'élève à 17 millions d'euros, ce sont les commissions prélevées par les grandes banques d'affaires qui financent leurs prestations sur chaque opération.
Et enfin les onze millions d'euros que paye la Cades aux services du Trésor qui recouvre le CRDS à sa place. Quant aux exonérations patronales, elles sont passées entre 1994 et 2004
de 4,5 milliards d'euros à 21 milliards d'euros. Les journalistes ont tenté de savoir si elles passaient toutes dans le trou de la Sécu.
Et c'est là que je vous relate une anecdote (p.137) qui va laisser les cégétistes perplexes : pour le savoir, les journalistes finissent par atterrir chez Pierre-Yves Chenu, à Montreuil, collaborateur de Bernard Thibault, qui avait audité récemment le président de la Cades. Invariablement il répond qu'il ne sait pas à toutes les questions. Ils reprennent rendez-vous, mais il est absent… Les journalistes n'ont jamais reçu les documents promis.
Il est intéressant de signaler une réflexion de Jean-Louis Borloo (Libération, le 19 juin 2004) qui commentait les magouilles des entreprises sur le travail illégal : Quand il y a de l'économie
souterraine, il n' y a plus de République. Le manque à gagner pour la Sécurité sociale représente un tiers de ses déficits. Le problème, c'est qu'ils ne sont qu'une dizaine de personnes à lutter contre le travail illégal. Mais il est prévu d'en embaucher quatre-vingt-cinq. Le travail illégal a encore de beaux jours devant lui, et le trou aussi !
On va terminer cette grosse note de lecture par le rappel d'un point sur lequel j'avais déjà écrit un article : quelles sont les premières vraies raisons du trou de la Sécu ?
Le mérite en revient au gouvernement socialiste. C'est la création du Forec, destiné à financer les 35 heures compte tenu des énormes exonérations de charge consenties aux patrons. Le Forec a été alimenté par des taxes qui allaient à la Sécu : l'alcool, le tabac, les véhicule polluants et les assurances Voilà !
Evidemment, levée de boucliers à droite et quand la droite s'est décidée à supprimer le Forec, les taxes sont allées rejoindre le budget de l'Etat.
Et hop ! Ca représente environ quinze milliards. Rien que ça !
On peut aussi ajouter les accidents ou les maladies liés au travail.
En principe ce sont les employeurs qui payent. Mais comme les médecins du travail sont payés par les employeurs, la majorité des accidents ou maladies liés au travail ne sont pas reconnus et c'est la Sécu qui paye.
La fraude représente 15 milliards d'euros par an. Et rehop !
Pour résumer : l'argent de la Sécu va majoritairement engraisser l'Etat et les investisseurs (12 milliards d'euros) et sert à blanchir l'argent de tous les vices.
Et le pire, c'est que jusque-là la Cades n'a remboursé que 15,5 milliards de la dette. Les journalistes sont allés voir le président de la Cades pour se faire expliquer cette incongruité.
Réponse du monsieur : C'est comme lorsque vous achetez un appartement, au début vous ne remboursez que les intérêts et c'est après que vous remboursez le capital.
Quant aux 38,25 milliards qui restent à rembourser, c'est sans les intérêts. Allez savoir à combien ils se montent ? Imaginez que les taux d'intérêt augmentent ! Ca veut dire que le trou sera vendu à perte. Et c'est nous qui continuerons à payer.
Maintenant, c'est au tour de l'Unedic de suivre ce modèle : l'Unedic a émis l'année dernière quatre millions d'obligations, un peu avant l'histoire des recalculés.
Or l'Unedic est une association loi de 1901. En principe, c'est illégal…
L'argument de l'Unedic pour rassurer les investisseurs c'était : le retour de la croissance, la diminution du chômage et … la réforme qui devait réduire les indemnisations des chômeurs. C'est un syndicat qui gère l'Unedic, la Cfdt.
Maintenant lisez tous ce bouquin, et faites le connaître.
Ces journalistes ont fait un travail formidable, vous ne comprendrez pas tout mais il vous en restera quelque chose : l'indignation et des arguments pour continuer à lutter pour notre Sécu et l'arracher des mains du grand capitalisme.
Je termine en citant une phrase de la présentation de ce bouquin : Les politiques viennent d'ajouter à sa charge (la Cades) vingt-cinq milliards dans l'indifférence générale. Les syndicats restent étrangement muets et semblent avoir démissionné face au modèle qui s'annonce.
Annick Béjean
""Sécurité sociale. Main basse sur le trou", un livre de De Leslie Varenne
et Philippe Blanchard" par Annick Béjean
5 février 2005, par Fontaine Daniel
Merci de nous faire connaître ce bouquin, comment masquer les sommes perdues ? comment utiliser les lois ? Les hommes politiques de tout bord sont au-dessus des lois, pourquoi se gêner ? Même les syndicats ouvriers sont complices, c'est le silence complet, c'est l'omerta !
Aujourd'hui j'ai envie de pousser un coup de gueule. En discutant avec mon cher et tendre sur les invitations au restaurant ou en week-end au club Med pour des pseudos-séminaires, j'ai appris que certains de ses confrères n'hésitaient pas à faire facturer au laboratoire qui invite des Armagnacs hors d'âge et autres menus plaisirs! A tel point qu'il arrive que le laboratoire rajoute sur la liste des participants un médecin qui n'est pas venu afin de rendre la facture plus tolérable par rapport au nombre de convives...A l'époque du trou de la sécu qui ne cesse de se creuser, merci la CADES (voir la fin du post, un peu long mais tellement important), il me paraît scandaleux que certains se sucrent pendant que l'on dérembourse à tout va et qu'on demande 1 euro de participation par consultation aux malades. Je crois que les laboratoires sont parmi les premiers fossoyeurs de la sécurité sociale et de notre système de santé! Remarquez, l'exemple vient d'en haut; quand on voit la malhonneteté des hommes politiques de quelque bord qu'ils soient on est bien obligé de se poser la question de notre avenir, de celui de notre pays et de notre société. Plus le temps passe et plus la dette publique s'alourdit. Il n'est pas loin le temps où les impôts serviront à payer les intérêts de la dette sans amortir de capital. Un bel exemple de gestion, ou plutôt d'incompétence et de manque de sens de l'intérêt public. Il est grand temps que nos hommes et femmes politiques prennent conscience de cela car le précipice n'est pas loin et la gabegie ambiante ne fait rien pour nous en éloigner.
""Sécurité sociale. Main basse sur le trou", un livre de De Leslie Varenne
et Philippe Blanchard" par Annick Béjean
Le dimanche 30 janvier 2005.
LES SHADOCKS
"Sécurité sociale Main basse sur le trou"
De Leslie Varenne et Philippe Blanchard
Edition Carnot
Le trou de la Sécu, c'est l'histoire d'un trou qui s' « autocreuse ».
Au début était la Sécu.
Un jour, le 24 janvier 1996, M. Juppé crée la Caisse d'amortissement de la dette sociale, la Cades. Dans la plus grande discrétion. Cette caisse a pour mission d'éponger les trous successifs de la Sécu de 1994 à 1996. Et, pour l'alimenter, il est décidé d'ajouter à la CSG (Cotisation sociale
généralisée) la CRDS, la Contribution au remboursement de la dette sociale, taxée sur les revenus. Cette CRDS doit disparaître en 2009 puisque le trou sera en principe bouché.
C'est maintenant que ça se gâte.
D'abord, le gouvernement socialiste met dans la Cades un vieux déficit que le fond de solidarité vieillesse (FSV) devait à l'Etat. Le trou s'agrandit. En 1998, Jospin y rajoute les trous de 1996 et 1997. Le trou s'agrandit.
Pour ne pas augmenter la CRDS, Jospin décide de prolonger la durée de vie de la Cades de 5 ans. Ni vu ni connu, on continuera à payer la CRDS 5 ans de plus. Coût de l'opération pour les contribuables : 22 milliards d'euros.
En 2001, les socialos décident de se faire rembourser la dette du FSV : la Cades verse trois milliards d'euros par an à l'Etat jusqu'en 2005. Pas de pot, c'est le gouvernement Raffarin qui en profite (comme vous savez).
Donc le trou s'agrandit encore.
A son arrivée, l'Ump transfère la dette du fonds d'exonération des charges patronales à la Cades. Le trou devient gigantesque. En huit ans, en collant à la Cades des déficits divers qui n'ont rien a voir avec la Sécu, le trou arrive a hauteur de 53,8 milliards d'euros. Notre Nicolas national, ministre des Finances, décide d'aggraver la dette de plus de 30 milliards et de prolonger le paiement de la CRDS jusqu'en 2025. Et on creuse et on creuse, c'est le trou des Shadocks !
En 1998, quand les socialios ont prolongé la Cades de 5 ans, un sénateur de l'Ump qui voyait là une bonne occasion d'attaquer le gouvernement propose de légiférer pour que la Cades ne devienne pas « une vieille dame » : La Cades apparaît comme un outil vertueux pour des déficits sociaux qui le ne le sont guère. La réouverture de la Cades constitue un fâcheux précédent. Elle accroît les transferts de charges injustifiés entre générations tout en générant des charges supplémentaires considérables. Le petit bouchon ne savait pas que son parti nous la prolongerait jusqu'en 2025 ! D'après le Canard enchaîné on va se prendre le paiement de la dette jusqu'en 2040. Tout ça, ce ne sont que des amuse-gueule. Le pire arrive. Et c'est là que ça devient compliqué. Je simplifie : Vous avez un trou énorme qui est la Sécu mais qui est assuré d'être alimenté par les braves contribuables que nous sommes jusqu'en 2025.
Le trou de la Sécu est tellement beau qu'il rentre en Bourse. C'est un placement sûr puisque vous êtes sûr d'être remboursé. Exemple : un Japonais a 100 millions en dollars néo-zélandais, il achète un bout du trou ET IL TOUCHE DES INTERETS.
Résultat : le trou s'agrandit.
Ca, c'est un placement à long terme de père de famille, mais il y aussi des placements à court terme plus rémunérateurs. Nous devrions être très fiers de notre trou, il est coté AAA. C'est la meilleure codification sur les marchés financiers. Pour avoir le triple A, il faut que la Cades avance à tout instant que ses débiteurs seront toujours remboursés. Si sa cote tombait à B, ce serait le krach de la Sécu, car les emprunteurs du trou demanderaient à être remboursés, et là on a le vertige. Cela dit, pas vraiment, puisque le Parlement serait appelé à voter les mesures pour assurer le paiement. C'est le résultat d'une négociation avec la Securities and Exchange Commission, c'est-à-dire les Américains. Donc notre trou gardera son AAA et tous les boursicoteurs pourront participer au creusement du trou. C'est comme ça que le trou a pu pénétrer le marché américain.
Mais des tas de banques participent au festin du trou en s'en mettant plein les poches, car ce sont elles qui assurent les liquidités de la dette : entre autres, la Bnp Paribas, le Crédit agricole Indosuez, Natexis Banque populaire, la Dresdner Bank, ABN Amro (Hollande), JP Morgan (USA). Ces banques se font des ronds en revendant ces obligations à des clients, pensez donc AAA ! Au Japon, on attire des clients pour le trou avec un intérêt de 5% par l'intermédiaire de banques privées. On n'a aucune identité des clients : le risque n'est pas nul que les actions du trou pourraient servir à investir l'argent de la vente d'armes ou de drogue, c'est-à-dire l'argent
du syndicat du crime par exemple. La Cades a d'ailleurs émis un emprunt au nom délicieusement exotique Uridashi. Ca semble intéresser beaucoup les Yakusa… La Cades émet aussi en Inde par l'intermédiaire d'une filiale d'une banque allemande la Dresdner Kleinwort Wasserstein Bank.
Et, plus inquiétant, dans des pays sulfureux comme la Lituanie, l'Estonie, les Balkans où on blanchit beaucoup d'argent, surtout celui de la mafia russe avec la contrebande d'armes et de cigarettes. Et pourquoi pas dans des paradis fiscaux comme les Îles Cayman par l'intermédiaire de correspondants bancaires au Luxembourg (roi des paradis fiscaux). La Cades travaille aussi avec une banque du Luxembourg la KB-lux qui gère des sociétés directement en relation avec l'Eglise de scientologie. La Cades travaille également avec la BGL, la Banque générale du Luxembourg, qui est aussi une banque privée qui gère des finances très confidentielles et surtout en relation avec la BCCI, surnommée la Banque du crime et de la cocaïne, c'est-à-dire la banque des cartels colombiens.
Que ceux qui sont très branchés sur les affaires de Bourse lisent ce livre et nous l'expliquent, moi je ne comprends pas tous les méandres de la Bourse. Mais au fil des pages, on comprend qu'il n'y a aucun contrôle de l'utilisation des fonds publics qui alimentent le trou. Disons qu'il y un conseil de surveillance constitué de parlementaires. L'un d'entre eux Alain Vasselle (Ump) avait écrit un ouvrage en avril 2003 : "Cades, nouvel enjeu des finances sociales ?" A propos de la Cades, il utilise les termes boîte noire ou caisse noire. Il dénonce deux dérives possibles pour l'institution, la première de se voir confier par l'Etat le financement d'autres dettes que celles de la Sécu et celle de voir l'existence de la caisse prolongée indéfiniment avec des conditions de remboursement encore plus drastiques ; en plus de l'opacité qu'il dénonce, le sénateur suggère qu'un tel mécanisme pourrait servir à l'Etat, tout à la fois à y dissimuler des dettes lui revenant et y puiser des recettes versables à son bilan.
C'était en avril 2003, il n'est pas interdit de penser qu'il s'appuyait sur des faits déjà existants, feignant de croire qu'ils pourraient arriver. La plupart des parlementaires qui siégeaient au conseil de surveillance se sont défilés quand les journalistes ont tenté de les interviewer, ou, s'ils ont démissionné, n'en gardent plus souvenir !
L'omerta ! Quant à la Cour des comptes, tous les commissaires éludent les questions.
La Cades elle même emploie neuf personnes plus son président. Ca fait une entreprise plutôt modeste avec des frais de fonctionnement de 0,4 million d'euros. Mais dans le bilan, figure un chiffre de 1,44 million d'euros. Après recherche, cette somme dépensée chaque année correspond aux frais liés au choix de la financiarisation de la dette sociale.
Le trou s'agrandit…
En fait, le coût des plus grosses dépenses dans le bilan s'élève à 17 millions d'euros, ce sont les commissions prélevées par les grandes banques d'affaires qui financent leurs prestations sur chaque opération.
Et enfin les onze millions d'euros que paye la Cades aux services du Trésor qui recouvre le CRDS à sa place. Quant aux exonérations patronales, elles sont passées entre 1994 et 2004
de 4,5 milliards d'euros à 21 milliards d'euros. Les journalistes ont tenté de savoir si elles passaient toutes dans le trou de la Sécu.
Et c'est là que je vous relate une anecdote (p.137) qui va laisser les cégétistes perplexes : pour le savoir, les journalistes finissent par atterrir chez Pierre-Yves Chenu, à Montreuil, collaborateur de Bernard Thibault, qui avait audité récemment le président de la Cades. Invariablement il répond qu'il ne sait pas à toutes les questions. Ils reprennent rendez-vous, mais il est absent… Les journalistes n'ont jamais reçu les documents promis.
Il est intéressant de signaler une réflexion de Jean-Louis Borloo (Libération, le 19 juin 2004) qui commentait les magouilles des entreprises sur le travail illégal : Quand il y a de l'économie
souterraine, il n' y a plus de République. Le manque à gagner pour la Sécurité sociale représente un tiers de ses déficits. Le problème, c'est qu'ils ne sont qu'une dizaine de personnes à lutter contre le travail illégal. Mais il est prévu d'en embaucher quatre-vingt-cinq. Le travail illégal a encore de beaux jours devant lui, et le trou aussi !
On va terminer cette grosse note de lecture par le rappel d'un point sur lequel j'avais déjà écrit un article : quelles sont les premières vraies raisons du trou de la Sécu ?
Le mérite en revient au gouvernement socialiste. C'est la création du Forec, destiné à financer les 35 heures compte tenu des énormes exonérations de charge consenties aux patrons. Le Forec a été alimenté par des taxes qui allaient à la Sécu : l'alcool, le tabac, les véhicule polluants et les assurances Voilà !
Evidemment, levée de boucliers à droite et quand la droite s'est décidée à supprimer le Forec, les taxes sont allées rejoindre le budget de l'Etat.
Et hop ! Ca représente environ quinze milliards. Rien que ça !
On peut aussi ajouter les accidents ou les maladies liés au travail.
En principe ce sont les employeurs qui payent. Mais comme les médecins du travail sont payés par les employeurs, la majorité des accidents ou maladies liés au travail ne sont pas reconnus et c'est la Sécu qui paye.
La fraude représente 15 milliards d'euros par an. Et rehop !
Pour résumer : l'argent de la Sécu va majoritairement engraisser l'Etat et les investisseurs (12 milliards d'euros) et sert à blanchir l'argent de tous les vices.
Et le pire, c'est que jusque-là la Cades n'a remboursé que 15,5 milliards de la dette. Les journalistes sont allés voir le président de la Cades pour se faire expliquer cette incongruité.
Réponse du monsieur : C'est comme lorsque vous achetez un appartement, au début vous ne remboursez que les intérêts et c'est après que vous remboursez le capital.
Quant aux 38,25 milliards qui restent à rembourser, c'est sans les intérêts. Allez savoir à combien ils se montent ? Imaginez que les taux d'intérêt augmentent ! Ca veut dire que le trou sera vendu à perte. Et c'est nous qui continuerons à payer.
Maintenant, c'est au tour de l'Unedic de suivre ce modèle : l'Unedic a émis l'année dernière quatre millions d'obligations, un peu avant l'histoire des recalculés.
Or l'Unedic est une association loi de 1901. En principe, c'est illégal…
L'argument de l'Unedic pour rassurer les investisseurs c'était : le retour de la croissance, la diminution du chômage et … la réforme qui devait réduire les indemnisations des chômeurs. C'est un syndicat qui gère l'Unedic, la Cfdt.
Maintenant lisez tous ce bouquin, et faites le connaître.
Ces journalistes ont fait un travail formidable, vous ne comprendrez pas tout mais il vous en restera quelque chose : l'indignation et des arguments pour continuer à lutter pour notre Sécu et l'arracher des mains du grand capitalisme.
Je termine en citant une phrase de la présentation de ce bouquin : Les politiques viennent d'ajouter à sa charge (la Cades) vingt-cinq milliards dans l'indifférence générale. Les syndicats restent étrangement muets et semblent avoir démissionné face au modèle qui s'annonce.
Annick Béjean
""Sécurité sociale. Main basse sur le trou", un livre de De Leslie Varenne
et Philippe Blanchard" par Annick Béjean
5 février 2005, par Fontaine Daniel
Merci de nous faire connaître ce bouquin, comment masquer les sommes perdues ? comment utiliser les lois ? Les hommes politiques de tout bord sont au-dessus des lois, pourquoi se gêner ? Même les syndicats ouvriers sont complices, c'est le silence complet, c'est l'omerta !

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